TAPIE - COMPROMISSION AUX PLUS HAUTS NIVEAUX DE L'ETAT ???

TAPIE EMISSION FRANCE 5 LE MONDE EN FACE

AFFAIRE TAPIE

EMISSION LE MONDE EN FACE

MARINA CARRERE D'ENCAUSSE

FRANCE 5

DIFFUSION 31 MARS 2015

 

Plongée au cœur d’un des plus importants scandales de la Ve République : l’affaire opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais.

Deux décennies d’une saga judiciaire, politique et financière qui est remontée jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir.

Le 7 juillet 2008, saisi de l’affaire Crédit Lyonnais-Adidas, qui se prolonge depuis le début des années 1990, un tribunal arbitral accorde à Bernard Tapie 405 millions d’euros, dont 45 pour préjudice moral. Du jamais-vu dans l’histoire de la Ve République. La sentence crée immédiatement la polémique. Pour comprendre comment on a pu allouer une telle somme d’argent public à l’homme d’affaires, il faut remonter le temps. Le journaliste de Mediapart Laurent Mauduit, qui enquête sur ce véritable scandale d’Etat depuis le début, sert de fil conducteur à ce documentaire dont il est le coauteur. Construit en trois actes, le film raconte les rebondissements et coups de théâtre de l’affaire depuis ses débuts afin de rendre compte des spécificités d’un capitalisme à la française, des dysfonctionnements de la justice, de la faiblesse de notre Etat de droit et de ses contre-pouvoirs.

Acte 1 : Le capitalisme de la barbichette

En 1981, François Mitterrand accède au pouvoir. A la même époque, épaulé par un jeune avocat, Jean-Louis Borloo, Bernard Tapie constitue un mini-empire industriel en rachetant à bas prix des entreprises en difficulté telles que Wonder (piles) ou Terraillon (balances). Et quand la gauche commence à chanter les louanges des entreprises, il devient le symbole de la réussite. Le chef de l’Etat apprécie son bagout. Selon l’ancien ministre socialiste Pierre Joxe, « à tort ou à raison, Mitterrand a senti qu’il y avait un côté populaire chez Tapie ». Ambitieux, ce dernier jette, en 1990, son dévolu sur le numéro un des articles de sport allemand : Adidas. Un groupe dix fois plus important que le sien. Pour l’acquisition, l’entrepreneur joue de ses bonnes relations avec le président. Intime de Mitterrand, Jean-Yves Haberer, alors PDG du Crédit Lyonnais, banque contrôlée par l’Etat, organise rapidement, via sa filiale SDBO, un pool de financement constitué de sept banques. Grâce à ce montage, Bernard Tapie dispose de 1,6 milliard de francs pour acheter Adidas sans aucun apport personnel. C’est le début du scandale. Intérêts politiques et financiers s’entremêlent. Le président, qui entend tirer parti de la bonne image de son protégé auprès de l’opinion, le nomme en 1992 ministre de la Ville. Mais la présence d’un homme d’affaires au pouvoir dérange et indigne même l’opposition. Bernard Tapie doit choisir et décide de rester en politique. Incapable de rembourser ses emprunts au Crédit Lyonnais, il se voit dans l’obligation de vendre Adidas. Une fois encore, la banque publique se porte à son secours. Non seulementelle ne fait pas jouer le nantissement dont elle dispose sur les actions du groupe – ce qui lui aurait permis d’en prendre le contrôle et ce qu’elle était en droit de faire, Tapie n’ayant pas remboursé ses emprunts –, mais elle va procéder à la vente en un temps record, ce qui vaut à Bernard Tapie une plus-value de 200 millions de francs. Seulement, lors de la transaction, le Crédit Lyonnais commet ce que certains considèrent comme un impair en prenant part à l’achat à hauteur de 20 % du capital. La banque qui a pris des risques financiers énormes pour son client va par la suite réaliser une belle opération, grâce au redressement d’Adidas par l’industriel Robert-Louis Dreyfus. Un montage financier, un habillage que le Crédit Lyonnais n’aurait jamais mis en place sans le soutien du président de la République : une porosité entre le monde politique et celui des affaires caractéristique du capitalisme à la française.

Acte 2 : Une justice entravée

En 1993, la gauche perd les élections législatives. Sous la cohabitation, Jean Peyrelevade prend la tête du Crédit Lyonnais avec pour mission d’en assainir les comptes. Il explique que « Tapie doit alors encore à la banque 1,5 milliard de francs sur ses autres affaires ». Un compromis est trouvé pour le remboursement de la dette en deux ans avec, comme garantie, la fortune personnelle de l’homme d’affaires. Après expertise, s’estimant floué, le Crédit Lyonnais demande une saisie conservatoire des biens de Bernard Tapie. Pour ce dernier, les choses s’accélèrent. Cerné par les scandales, il perd son immunité parlementaire et passe même par la case prison. La mise en liquidation de ses biens est prononcée. Il décide alors d’engager une procédure judiciaire contre le Lyonnais à qui il reproche d’avoir manqué de loyauté et de s’être indûment porté acquéreur lors de la cession d’Adidas. Pour remporter le bras de fer qui l’oppose à la banque publique, Tapie n’hésite pas à jouer les lobbyistes auprès des ministères et des parlementaires afin d’obtenir une décision politique qui l’avantage. En 2004, grâce à Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, une médiation est organisée entre les parties. Mais cette dernière échoue. La justice de la République reprend son cours, mais va être étonnamment dessaisie du dossier au profit d’une justice privée, celle d’un tribunal arbitral. Pourquoi un tel revirement de situation alors que l’Etat est en train de gagner ? Selon une enquête menée par Le Canard enchaîné et Laurent Mauduit, une rencontre secrète a eu lieu au Maroc avec Bernard Tapie, son avocat, André Guelfi, et Brice Hortefeux. Son l’objectif était de lancer les préparatifs de l’arbitrage qui sera mis en œuvre, six mois plus tard, après la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007. Nommé ministre des Finances, Jean-Louis Borloo va aussitôt s’occuper du dossier d’arbitrage, repris ensuite par Christine Lagarde. Après six mois de travaux dans le plus grand secret, en juillet 2008, les trois arbitres nommés rendent leur sentence, relayée par l’AFP dans un simple communiqué. Quatre-vingt-dix pages et un montant qui soulèvent l’indignation.

Acte 3 : La démocratie bafouée

Grâce à ses appuis politiques et à une justice contournée, Bernard Tapie a pu gagner beaucoup, beaucoup d’argent. Mais comment les institutions de la République ont-elles réagi face aux soupçons de détournement de fonds publics ? De 2008 à 2012, l’Assemblée nationale, la Cour des comptes, le Conseil d’Etat ont tour à tour dysfonctionné et n’ont pas su mettre un terme au développement de ce scandale d’Etat. Un rapport de la Cour des comptes datant de 2010 a bien été rédigé et montre en effet de nombreuses irrégularités, mais il est resté secret. Il a fallu qu’il soit rendu public par Laurent Mauduit pour que l’affaire ne soit pas enterrée. Mais il n’est pas au bout de ses surprises : un document sonore révèle que le dossier fiscal de Bernard Tapie a été traité non pas directement par l’administration des impôts, mais qu’il a profité d’interférences jusqu’au sommet de l’Etat. Il faudra attendre l’alternance et l’élection de François Hollande pour que le nouveau ministre des Finances Pierre Moscovici engage le recours contre l’arbitrage. A partir de juin 2013, Bernard Tapie et cinq autres personnes sont mis en examen pour escroquerie en bande organisée. Le 17 février 2015, la cour d’appel de Paris annule l’arbitrage. Mais combien de temps faudra-t-il encore pour que l’affaire connaisse enfin son dénouement ? (

Programme sous-titré par télétexte pour les sourds et les malentendants)

Documentaire

Durée 70minutes

Auteurs Thomas Johnson et Laurent Mauduit

Réalisation Thomas Johnson

Production Nova Production / INA

Avec la participation de France Télévisions Année 2015

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