Mort d'une Télévision en PERIGORD - AQUI TV a quitté l'antenne - Ce fût le dernier combat de Georges DEROCLES

Livre consacré à Georges DEROCLES, créateur d'AQUI TV, rédigé par D. LOISEL et Fr. BOURLET, préfacé par Fr. COLCOMBET:

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AQUI TV QUITTE L'ANTENNE

 Depuis 1991, elle tentait, dans le Périgord, de faire du local.

 Ecran noir pour Aqui TV.

Après onze ans d'existence, l'une des seules télévisions hertziennes en milieu rural, en redressement judiciaire depuis juin, a été mise en liquidation par le tribunal de grande instance de Périgueux. Les 18 salariés et les 3 intermittents qui y travaillaient encore vont devoir chercher un autre emploi. Le conseil général de Dordogne, qui a longtemps contribué au financement d'Aqui TV, a promis d'aider à leur reclassement.

Foie gras. Cette petite chaîne avait été créée à l'été 1991 par Georges Derocles, un ancien producteur de cinéma qui a, notamment, travaillé avec Lelouch, pour ensuite élever des moutons en Dordogne. A la va-vite, avec un petit groupe d'amis, il retape une ancienne étable, dans le Périgord noir, à Proissans, village de 800 habitants, pour y installer la chaîne et ses 37 salariés. Une télé de plein exercice, qui fait du local et qui diffuse sur une petite moitié du département de la Dordogne. Les programmes ? On traite de la vie des communes, de Ginette, qui vous apprend à faire du point de croix... Parallèlement, Aqui TV se met en rapport avec TV5 et Euronews pour des rediffusions.

Très vite, l'image se brouille. Les difficultés financières apparaissent. La dette à l'égard de l'Urssaf atteint 61 000 euros. En septembre 1993, la société est mise en redressement judiciaire. C'est François Carrier, héritier des foies gras Delpeyrat, celui que l'on baptise en Dordogne le «Bernard Tapie sarladais», qui reprend Aqui TV. Mais, d'emblée l'image n'est pas nette. «François Carrier est venu faire son marché au tribunal de commerce de Sarlat. Il a acheté Aqui TV et la société Image, spécialisée dans la photogravure. On a découvert que l'un des juges lui était acquis», affirme François Colcombet, ex-député de l'Allier, ancien président de la commission d'enquête sur la réforme des tribunaux de commerce. De fait, le juge qui a participé à la procédure de redressement judiciaire de la société Image se retrouvera administrateur de la société repreneuse. Pour ces faits, il aÊété mis en examen à l'été 2002.

«Dindon». En attendant, la tâche est ardue pour les salariés d'Aqui TV. Les moyens techniques sont dérisoires. Alors que les chaînes sont équipées de caméras Betacam, la chaîne se contente de travailler en SVHS, ce qui la prive de revente d'images sur les chaînes nationales. Autre handicap : la télé est au milieu des bois, sur une petite route, loin de tout. Sa zone de diffusion est restreinte. Même à Proissans, tous les habitants ne captent pas la chaîne. Quant aux programmes, ils ne font pas l'unanimité. «Aqui TV était trop loin du vrai terrain, celui de la proximité, déplore Daniel Figeac, le maire de Proissans. Or c'était une télé de pays. Il fallait descendre au niveau du dindon et du canard, plutôt que de chercher à faire des reportages à Périgueux, dans la grande ville.» Faire des reportages ? Pas si facile. Les journalistes sont parfois obligés de payer leurs frais d'essence. «François Carrier n'a pas mené de vraie stratégie de développement», confie sobrement Dominique Parmentier, présentatrice et rédactrice en chef adjointe de la chaîne.

François Carrier, lui, est aux abonnés absents. En fait, c'est le conseil général de la Dordogne qui maintient la télé sous perfusion. Il verse tous les ans 533 571 euros à Aqui TV, au travers des commandes de magazines. Aujourd'hui, son président, Bernard Cazeau (PS), se mord les doigts. «Notre participation devait représenter entre 60 à 70 % de leur budget. Et je n'ai jamais réussi à obtenir un compte d'exploitation fiable et complet de la part d'Aqui TV.» Les dettes s'accumulent auprès de l'Urssaf et de la Sacem (société de droits d'auteur). Pour TDF (Télédiffusion de France), la dette se monte à 350 632 euros. Bonne pâte, Bernard Cazeau, flanqué de François Carrier, ira, en 2000, plaider auprès de TDF l'étalement des dettes. «François Carrier s'était engagé à payer tous les mois. Tout comme il devait recentrer la télé sur Périgueux. Il n'a jamais tenu ses promesses», dénonce-t-il.

Aussi, à la mi-janvier, Bernard Cazeau dit stop, en ne reconduisant pas ses commandes de magazines. Ironie du sort, en avril 2002, le CNC (Centre national de la cinématographie) notait dans son rapport qu'Aqui TV Dordogne était la diffuseuse le plus dynamique, avec 70 heures de programmes pour un apport de 2 millions d'euros. Deux mois plus tard Aqui TV était en redressement judiciaire. Puis mise en liquidation fin janvier.

Source Colette Goinere Liberation

 

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